De Cresus à Satoshi, quelles différences entre une monnaie, un jeton, un coin et un crypto-actif ?

Vous connaissez l’expression, pour savoir où l’on va, c’est bien de comprendre d’où l’on vient !

Cet article sans prétention va donc évoquer les différences entre une monnaie, une pièce, un jeton un actif digital d’un point de vue quasiment « numismatique »…

Je vais essayer d’être volontairement généraliste, l’idée n’étant pas de faire une thèse assommante allant de la paleo-monnaie au perspectives de l’argent fiduciaire mais de donner quelques points d’appui aux débutants qui découvrent « les cryptomonnaies ».

1. L’ancêtre.

Voici la plus ancienne monnaie connue, en électrum (alliage d’or et d’argent) elle date du VIIème siècle av JC. En réalité, son état d’aboutissement technique permet de penser qu’existent des monnaies plus anciennes encore, mais on a pas plus antique sur le marché actuellement.

oh, fun fact, elle a été frappée sous le règne de Crésus !

Crésus était réputé pour son immense richesse, conséquence de la possession de plusieurs mines d’or et d’argent (ce qui ne l’a pas empêché de finir sur un bûcher…comme quoi, faire partie des 1% n’a jamais rien garanti!)

Techniquement, c’est l’aïeul du Bitcoin et il y a 2700 ans, cette monnaie (une « créséide« ) avait les mêmes fonctions que son lointain descendant numérique: unité de compte, moyen d’échange, réserve de valeur (la définition date d’Aristote, c’est dire si pour ça on a pas disrupté grand-chose..).

2. Définition

Étonnamment, définir le concept de « monnaie » n’est pas si simple.

Selon l’intitulé le plus consensuel, « Une monnaie est l’instrument de paiement en vigueur en un lieu et à une époque donnée », difficile de faire plus large !

On vient de le voir, 3 paramètres sont transversaux:

– Un moyen d’échange (de transaction de pair-a-pair), on dit d’une monnaie qu’elle est « libératoire« , elle « libère » d’une dette, d’une obligation, etc..
– Une unité de compte (« un moyen standardisé d’expression de la valeur des flux et des stocks« ). Sauf que…. une unité de compte peux ne pas être une monnaie, ça commence déjà à se compliquer!
– Une réserve de valeur, c’est à dire la capacité à stocker et transmettre du « pouvoir d’achat », étant entendu que celui-ci est censé demeurer globalement stable (un bien immobilier répond également à cette définition).

A ces paramètres, on peux en adjoindre de nombreux autres et étonnamment, le débat est loin d’être tranché quant à une définition absolue

– On pourra évidemment évoquer la nécessité du consensus social et politique fondant la confiance indispensable au maintien de la valeur de la monnaie (et particulièrement depuis qu’elle n’est plus – ou très rarement – composée d’un métal précieux la rendant « sonnante et trébuchante ». Cette expression du Moyen-age renvoyait à la faculté de juger si une monnaie était « de bon aloi », qu’elle « sonnait » au choc comme seuls l’or et l’argent savent le faire et si elle faisait le bon poids au « trébuchet », petite balance utilisée sur les marchés notamment).

– La matérialisation d’un pouvoir d’ordre politique, voire géopolitique, les utilisateurs communs d’une même monnaie étant liés entre-eux de manière quasiment affective (pour illustration, l’attachement viscéral au franc encore aujourd’hui, l’impact communautaire et social de l’euro ou de son ancêtre l’Union Latine, etc..).
Des profils des Rois de France leur permettant de se faire connaître des plus lointain de leurs sujets aux devises et valeurs inscrites sur les flans des monnaies actuelles, « In God we Trust », la monnaie est un puissant vecteur d’idée en plus d’un solide liant.

A propos, on ne parle de « monnaie » que pour sa propre unité de compte, toutes celles des voisins étant des « devises ».

3. Ce qui ne définit PAS une monnaie.

C’est probablement le plus intéressant.

Très vite les autorités centralisées, quelles que soient leur forme, ont compris la nécessité de contrôler la monnaie, puis de s’assurer de l’exclusivité de son émission.

Dans les 150 dernières années, cette mainmise est progressivement passée des Etats vers des banques de plus en plus régies par des intérêts particuliers plutôt que par la poursuite des visées « normales » d’un état (stabilité, expansion, hégémonie pour résumer).

Et en l’an de grâce 2009, un certain Satoshi a proposé « autre chose »…

il est surtout important de mettre une chose en relief:

– La centralisation et le contrôle par un acteur unique, omniscient et central (que ce soit un état ou une banque) n’a JAMAIS fait partie de la définition « consensuelle » du concept de monnaie.

Autrement dit, et vu sous cet angle, lorsque Satoshi Nakamoto crée Bitcoin – et si on met à l’arrière plan la dimension technologique de la chose, elle authentiquement révolutionnaire – il respecte à la lettre le cahier des charge de création d’une monnaie.

Bitcoin est:

– Un moyen d’échange, certes peu commode encore, mais ce paramètre a vocation à évoluer et ne suffit pas à disqualifier ce point
– Une unité de compte. Beaucoup de flux de transaction/de biens/sociaux se servent du Bitcoin comme d’un étalon (pensez au système de trust du forum Bitcointalk)
– Une réserve de valeur (parlez en aux hodlers)
enfin, il est porteur de valeurs idéologiques et d’une symbolique forte de même que son appréciation repose sur un consensus concernant sa valeur monétaire.

De ce point de vue les récents débats concernant la classification des cryptos aux USA (securities ? utilities ? autres ?) ne manque pas d’ironie.

Une CRYPTO-monnaie, qu’est-ce que c’est au fait ?

En opposition à la monnaie fiduciaire (matérialisée par un actif tangible: pièce en métal, billet en papier) et à la monnaie scripturale (aka « écrite », soit en gros les chèques ou les écritures comptables), la crypto-monnaie se définit comme suit:

« une devise électronique, ou virtuelle, car elle n’a aucune forme physique. Elle s’échange de pair à pair sur un système informatique décentralisé, ou blockchain, tenu à jour en permanence et (réputé) inviolable. Le code source d’une blockchain se base sur les principes de la cryptographie pour valider les transactions et émettre la monnaie elle-même ».

Et les jetons dans tout ça ?

Déjà pour commencer token = jeton et jeton = token.

Les jetons,  encore une fois du point de vue de l’histoire monétaire, sont pour ainsi dire aussi vieux que la monnaie elle-même (on en trouve déjà en numismatique romaine).
On parle également de « monnaie de nécessité » ou de « méreau » (vous pourrez frimer au prochain repas de famille).

Il s’agit d’émission de type monétaire mais produite, soit pour répondre à une situation de pénurie (manque de monnaie fiduciaire ou de divisibles suffisants), ou plus prosaïquement servir des intérêt privés ou locaux (exemple le plus extrême: le jeton de Casino, ou les « jetons de présence » dans le cadre de fonctions de représentation dans un comité d’entreprise par exemple).

A noter que la valeur d’un jeton peux être bien supérieure à celle de la plus cotée de monnaies (qu’on pense à un jeton de casino de 50 000 USD).

Ceci étant, dans l’esprit commun, la terminologie de « jeton » (ou « token » donc en anglais) est corrélée à des activités privées, chacun étant en possibilité d’en émettre et de les échanger, sans encourir les foudre pénales prévues en cas d’émission de fausse monnaie.

(notez au passage que dans la plupart des systèmes pénaux, l’émission ou le trafic de fausse monnaie constituent certaines des infractions les plus graves et les plus lourdement punies. Les sanctions en la matière sont de registre criminel et ne ne trouvent d’équivalent que dans dans l’assassinat et les actes de terrorisme… méditez là dessus, ça mérite votre temps de cerveau disponible)

Cette terminologie est ainsi notamment adoptée par des entreprises soucieuses de ne pas trop déclencher des levées de bouclier de la part d’institution qui voit la montée en puissance des cryptomonnaies comme de nature à bouleverser l’ordre établi.

La distinction token/coin sous l’angle de la blockchain.

Coin = « pièce« 

Faisant fi des élément ci-dessus, les anglo-saxons ont établi un distinguo entre « Coin » et « token » qui se fonde sur l’appartenance, on non à une blockchain dédiée (« mainnet« ).

Les Coins (pièces) évoluent sur leur propre blockchain. On notera évidemment le bitcoin ou l’ETH mais également le Litecoin, le Doge, Ripple ou Cardano…
On dénombrait environ 900 coins en juin dernier (source: https://www.finder.com.au/cryptocurrency-coins-vs-tokens)

Les tokens/jetons, évoluent pour leur part sur une blockchain plus générique (comme Ethereum au travers du célèbre standard ERC-20, ou encore NEO ET STELLAR et son Tangled).

591 tokens étaient listés sur CoinMarketCap en juin 2018.

Les actifs numériques/crypto-actifs

Il s’agit de 2 termes un peu fourre-tout utilisés notamment par la France dans le cadre des travaux actuels sur le secteur (surtout la notion de « crypto-actifs« ).

L’idée pour le législateur est de définir un concept juridique permettant….et bien,  au vu des habitudes de notre bonne administration, probablement l’application d’une taxe « sonnante et trébuchante » !

Sources: 

https://www.ethereum-france.com/qu-est-ce-qu-une-cryptomonnaie-token-bitcoin-ether-gnt-gno-dgd-plu-rep-rlc/
https://www.minilex.fr/a/fabrication-et-%C3%A9mission-de-fausses-monnaies-quelles-sont-les-sanctions
https://www.planet.fr/actualites-redecouvrir-la-plus-vieille-piece-de-monnaie.458632.1557.html
https://www.journaldunet.fr/patrimoine/guide-des-finances-personnelles/1207712-cryptomonnaie/

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