L’univers crypto expliqué comme si j’avais 6 ans – Mais au fait, c’est quoi une blockchain ?

Avant propos:

Peter Thiel (milliardaire californien, co-fondateur de Paypal, le genre de mecs qu’on écoute quand il parle) a coutume de dire qu’une idée qui révolutionnera le monde est nécessairement incompréhensible au commun des mortels, dans un premier temps en tout cas.

Appelons cela la « jurisprudence Physique quantique« . aka tout le monde a saisi que le truc était important mais 5 personnes au monde seraient capable d’expliquer pourquoi (et 3 sont Russes).

Une  réelle innovation est ainsi par nature et selon cette définition  complexe à expliquer, encore plus à  comprendre, particulièrement si elle atteint le sacro-saint statut de « disruption« , soit une « innovation de rupture », autrement dit une avancée majeure,  de nature à remettre en question l’existant par un changement total de paradigme.

La roue a disrupté la force musculaire

L’imprimerie a disrupté les moines copistes

 

« L’imprimerie? ça marchera jamais », frère Baptiste,  Février 1455

La machine à vapeur a disrupté le cheval

Internet à disrupté l’accès à l’information

Et la blockchain va disrupter l’échange de valeur (qu’elle soit monétaire ou pas)

Il en est ainsi dans l’histoire de l’Humanité, une coexistence entre un continuel « progrès » (l’ajout d’un perfectionnement à l’existant), et de temps à autre, l’apparition brutale, par chance, génie visionnaire ou malentendu d’une innovation tellement majeure qu’il est difficile d’en discerner l’origine précise et le potentiel réel, faute de cadre de référence.

Les technologies blockchain, le rapport entre la cryptographie et le minage, le lien qui connecte un Oracle, un contrat intelligent et un jeton….et puis, qu’est-ce qu’il peut bien y avoir de réjouissant dans « la disparition de la confiance » que de nouveaux acteurs appellent de leurs vœux ? (posé comme ça, ça ne ressemble pas à une bonne nouvelle non ? mais pourtant si!)

Autant de notions abstraites dont la connexion esquisse pourtant  un nouveau monde qui ne se contentera pas de changer notre rapport à l’économie.

Ainsi, s’agissant des technologies blockchains et de l’écosystème crypto, la plupart des articles que vous verrez passer, que ce soit dans la presse spécialisée et, espérons le, de plus en plus dans les média dit « mainstream« ,  prendrons en quelques lignes la précaution de rappeler les fondamentaux en la matière: fondée sur des principes cryptographiques, la blockchain est distribuée, transparente, décentralisée…elle offre en outre une résilience inégalée et son fonctionnement est intrinsèquement lié à la notion de consensus. Elle est  en outre réputé anonyme.

Cette série d’article à vocation à expliquer et mettre en perspective les notions parfois peu évidentes à manipuler sous-jacentes à l’écosystème crypto, et une fois les choses éclaircies….s’empresser de  démontrer à quel point ces notions sont sujettes à discussion (l’anonymat de la blockchain est tout relatif, sa décentralisation est parfois de façade et non, sa structure aussi solide soit-elle, ne la rend pas définitivement invulnérable, ni infalsifiable..).

CHAPITRE I. LA BLOCKCHAIN (cette inconnue)

Porte ouverte à enfoncer N°1: une blockchain est par essence informatique, elle est constituée d’un code qui nécessite ordinateurs et énergie électrique pour s’exécuter. Si la disparition mondiale de ces deux derniers ingrédients est peu vraisemblable à courte échéance, ils n’en demeurent pas moins solidairement indispensables à son fonctionnement

Porte ouverte à enfoncer N°2: une blockchain est une chaîne…composée de blocs…Une fois la stupéfaction passée, considérez la métaphore contestable suivante: la chaîne constitue les rails sur lesquels les blocs se comportent comme des wagons connectés les uns aux autres.

                                                                                                 Blockchain à vapeur, allégorie

Poursuivons l’image ferroviaire: les wagons peuvent être vides (rarement) ou pleins. Non pas de marchandises mais d’informations. A l’heure actuelle (en décembre 2018), la quantité d’informations que peuvent contenir nos wagons est assez riquiqui (1 Mo au maximum pour être précis)…, le coût du fret est par ailleurs important. C’est la raison pour laquelle, nos wagons-blocs ne sont pas vraiment adaptés au transport de grosse quantité d’informations (la fameuse data, nouveau  pétrole dont les réserves contrairement à ce dernier augmentent exponentiellement) mais plutôt de renseignements très importants, soit que leur protection justifie de déployer des moyens de sécurité conséquents, soit que leur fiabilité détermine des processus essentiels (la certification d’échanges monétaire, des droits de votes, des éléments de vie privée..).

La première blockchain réellement fonctionnelle a été lancée le 3 janvier 2009 par le créateur du Bitcoin, Satoshi Nakamoto, un agent de gare un peu talentueux (mais peut-être étaient-ils plusieurs?) et l’objectif de son chemin de fer était de faire avancer son train à lui: le Bitcoin.

Si des travaux antérieurs avaient été menés (« bitgold » en 2005) et que la fonction de hashage SHA256 existait bien avant que Satoshi n’en fasse un élément central de son concept, bitcoin et sa blockchain proposaient pour la première fois de l’histoire informatique et monétaire un produit fini, apte à assurer des transactions financières de pair-à-pair, sans recours à un tiers  de confiance.  10 ans plus tard, cette promesse initiale est toujours tenue.

Si dans un élan de nostalgie, vous souhaitez aller jeter un œil au tout premier bloc de la blockchain Bitcoin (le « genesis« ), c’est par ici que ça se passe.

Tous les wagons depuis lors ont été connectés à ce point de départ avec une méthodologie immuable et dont, pour l’heure il n’a jamais été possible de compromettre l’intégrité (et c’est une des raisons pour lesquelles la technologie blockchain est réputée inviolable….mais, bon comme vous le savez on ne parle que des trains qui arrivent en retard, alors on verra dans un autre épisode en quoi il faut se méfier de cette affirmation).

Au 31/12/2018,  l’explorateur de bloc  de la blockchain bitcoin nous indique que 556 540 wagons ont été ajoutés à notre wagon originel . Pour l’anecdote, un bloc-wagon est ajouté toutes les 10 minutes environ à la blockchain Bitcoin.

 

                                                      Base structurelle de la blockchain, moins fun que des wagons mais probablement plus sérieux, Source: blockchain France

 

L’ensemble de cet immense convoi doit sa robustesse et son infaillibilité aux principes de la cryptographie. Dit simplement, un wagon quelque soit sa place dans le convoi, es nécessairement conforme à un cahier des charges cryptographiques dont les règles mathématiques, en dépit de leur incroyable complexité, sont acceptées et disponibles à la vérification par tout le monde, à tout moment. Chacun est ainsi assuré et en mesure de vérifier qu’un nouveau bloc est légitime, bien à sa place, et que les informations qu’il contient sont fiables et non-falsifiées. 

Oh, détail amusant: n’importe qui est en droit de tenter de placer un nouveau wagon  sur les rails et la réussite de cette entreprise (au delà de la bouffée d’orgueil ressentie) vous rapportera une récompense…en Bitcoin !

Bon redescendez tout de suite, éteignez cet ordinateur qui peine à faire tourner Windows XP, à l’heure actuelle vous, pas plus que moi, ne serez en mesure d’être à la hauteur de la tâche, car la blockchain Bitcoin est assortie d’une « petite » friandises implémentée par Mr Satoshi himself: telle la difficulté croissante qu’oppose un élastique à la tension, il est de plus en plus difficile de résoudre le problème mathématique  qui ouvre la voie à la création d’un nouveau bloc, à mesure que la blockchain grandit! 

Plus concrètement, créer des blocs (on parle de les « miner », surement rapport au charbon nécessaire à ma locomotive métaphorique), est depuis longtemps déjà, devenue inaccessible au particulier, tant la débauche de moyens informatiques et d’énergie est devenue hors de portée financière du commun.

Chacun des wagons est constitué de plusieurs éléments  dont la présence et l’ordonnancement doivent correspondre à des standards parfaitement respectés (qui seront vérifiés à de multiples reprises par d’autres acteurs du réseau , les « nœuds« , des machines dédiées à ce type de vérification, environ 10 000 à travers le monde actuellement): le résultat de la résolution de l’équation logarithmique SHA256, de l’information, mais également la validation d’un nombre variable de transactions effectuées sur la blockchain durant l’intervalle de temps de création du bloc.

La création (le minage donc) d’un nouveau bloc, validé par le réseau par le biais du consensus, rapporte ainsi une récompense. Cette récompense est actuellement de 12.5 Bitcoin; Ce montant n’est pas définitif et conformément à la dynamique de l’écosystème Bitcoin (de moins en moins de BTC, de plus en plus difficiles à obtenir), il est régulièrement divisé par 2 (on parle de « Halving« , le prochain est prévu en 2020, faisant passer la récompense par bloc à 6.25 BTC).

Un maximum de 21 millions de Bitcoin seront minés, pas un de plus. Actuellement, un peu plus de 17 millions ont été découverts et le dernier bitcoin devrait apparaître vers 2140.

Où est stockée la blockchain ? 

Littéralement partout et nulle part en particulier.

Un seul ordinateur peux stocker et faire fonctionner une blockchain, de la même manière que la blockchain bitcoin existe sur des millions de machines et de serveurs sous une forme rigoureusement identique (si on excepte les quelques minutes nécessaires à la propagation de l’information sur le réseau mondial). C’est d’ailleurs une des caractéristiques qui lui garantissent une énorme résilience.

N’importe qui peut ainsi télécharger l’intégralité de la blockchain Bitcoin (attention cependant à son poids, actuellement près de 200 Go).

A qui appartient la blockchain, est-il possible de la fermer ?

La blockchain originelle, celle de Bitcoin a établi un certain nombre de règles devenues des standards, censées garantir l’impossibilité pour quiconque d’en prendre possession, de s’en accaparer la gouvernance ou de la privatiser afin de servir des intérêts particuliers, ou pire au yeux de son fondateur: les intérêts d’états et d’institutions financières centralisés.

  • La blockchain est transparente, on l’a vu plus tôt, son contenu, son fonctionnement et même  son code source sont disponibles librement, gratuitement pour quiconque. On parle de registre (« ledger ») ouvert, librement consultable, qui répertorie l’intégralité des opérations entre utilisateurs de manière infaillible, garantie, et virtuellement éternelle.
  • La blockchain est décentralisée, aucune autorité centrale ne la régit,  ne la contrôle ou ne valide a priori ou a posteriori les opérations qui s’y exécutent. Aucun « tiers de confiance » n’est nécessaire pour « garantir » des transactions/échanges. Il est impossible pour un acteur d’effacer ou contrefaire de l’information codée sur la blockchain.
  • La blockchain est distribuée, son registre peut-être consulté et conservé par qui le souhaite.

En résumé, la blockchain Bitcoin « n’appartient » à personne et il semble douteux que quiconque puisse un jour l’empêcher de fonctionner.

En revanche, il n’a pas fallu longtemps pour que de nouvelles blockchains apparaissent, au début répliquées de celle de Bitcoin (LiteCoin, Dash), puis au fil du temps régies par des règles de gouvernance propres (Ethereum, blockchain « tangles » de Iota, etc..).

On distingue ainsi aujourd’hui plusieurs familles de blockchain, caractérisées par des processus de consensus distincts:

  • La blockchain OUVERTE PUBLIQUE, dont l’architecture transparente permet l’audit. Chacun peux y participer et oeuvrer au consensus fondé sur une distribution intégrale, c’est la définition de la blockchain Bitcoin.
  • La blockchain OUVERTE PERMISSIONNÉE ou PRIVÉE: au fonctionnement classique de la blockchain publique s’ajoute un système de permissions/restriction appliquées aux nœuds du réseau. Pour autant, le réseau est accessible aux utilisateurs. Exemple SOVRIN, qui propose des solutions de protection des informations privées.
  • La blockchain FERMÉE DE CONSORTIUM: réunit seulement certains acteurs souhaitant partager de l’information dans un cadre commun.  Banques opérant un registre partagé au sein d’une même association professionnelle par exemple.
  • La blockchain FERMÉE PRIVÉE PERMISSIONNÉE: intégralement dédiée au fonctionnement interne d’une entité, concentrée et centralisée, en somme le cauchemar des pères fondateurs!

La blockchain, effet de mode ou vraie révolution ?

A l’heure actuelle, plusieurs centaines de blockchains co-existent à travers le monde, et de nouvelles apparaissent continuellement, cherchant à affiner et  rendre plus performantes les solutions existantes. Des milliers d’ingénieurs et de codeurs autodidactes œuvrent sans relâche afin d’atteindre la phase suivante: permettre l’adoption de masse grâce à l’apparition d’applications concrètes, ergonomiques et conformes au fameux principe « d’expérience client ».

En effet, pour l’heure et en dépit de l’effervescence du secteur, difficile de qualifier le sujet d’accessible… On pourrait comparer cette phase à la perception d’Internet au début des années 90: un continent inconnu et dont le potentiel réel n’était alors perçu que par une poignée d’informaticiens, et de futurologues californiens amateurs de science-fiction.

Et même moins loin dans le temps: l’apparition des premiers paiements commerciaux sur Internet date de l’antique Billpoint, mais surtout de l’apparition de Paypal et de son acquisition par Ebay en 2002.  Ensuite, il faudra encore de longues années pour que le procédé se démocratise, passant « d’un truc d’informaticien » à une pratique quotidienne pour des millions de consommateurs.

                                                                                                                         « Il est où mon panier Amazon ? »

 

La blockchain Bitcoin est en perpétuelle évolution, supportée par la Fondation du même nom depuis 2012. A titre d’illustration, le futur « lightning netwok« , implémentation qui devrait résoudre les problèmes de lenteur de transaction du réseau par l’ajout d’une couche applicative supplémentaire notamment, devrait incessamment être activée, modernisant sensiblement son architecture.

Parce qu’inarrêtable, le bitcoin est là pour durer et en 10 ans, n’a pas encore été confronté à une concurrence sérieuse à même de le détrôner, en dépit de l’apparition de nouvelles cryptomonnaies chaque semaines. (autrement baptisée « Alt-coins »)

Le foisonnement technologique autour du sujet blockchain, et notamment la prise de conscience de la part de multiples acteurs économiques de ses potentialités sous de nombreux aspects (sécurité des transactions, traçabilité,  économies d’échelles…) est également de nature à garantir l‘essor prochain de ce que beaucoup qualifie de révolution aux implications les plus importantes depuis la naissance d’Internet.

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3 Comments on “L’univers crypto expliqué comme si j’avais 6 ans – Mais au fait, c’est quoi une blockchain ?”

  1. Comme d’habitude, un bel article qui tend à aider les utilisateurs de demain à comprendre dès aujourd’hui certains principes de la blockchain.
    Vous êtes parmi les meilleurs Hellmouth!

  2. Un article au sujet franchement aride mais qui a été rendu accessible par l’ami Hellmut … excellent site par ailleurs … Long live Tahiti Crypto-money !!!

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